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Science et controverse

La déclaration EASAC (2017) des académies des sciences européennes

En septembre 2017, les académies nationales des sciences des États membres de l'Union européenne publient une déclaration commune sur les produits et pratiques homéopathiques. Un texte court, adressé moins au public qu'aux régulateurs.

3 min de lecture Référence mis à jour le 28/08/2026

Façades néoclassiques d'académies gravées en ligne, reliées par un trait d'encre, feuillet plié au centre.

À retenir

  • L'EASAC réunit les académies des sciences des États membres de l'UE, de la Norvège et de la Suisse.
  • Sa déclaration de 2017 conclut à l'absence de preuve d'efficacité au-delà du placebo et à l'absence de mécanisme plausible.
  • Elle formule surtout des recommandations réglementaires : étiquetage, publicité, remboursement, allégations.
  • Elle insiste sur le risque indirect : le retard de recours à un traitement efficace.

Ce qu'est l'EASAC

L'European Academies' Science Advisory Council est la structure par laquelle les académies nationales des sciences des États membres de l'Union européenne, rejointes par celles de Norvège et de Suisse, formulent des avis communs à destination des institutions européennes. Elle produit des rapports sur des sujets aussi variés que l'énergie, la biodiversité, la santé publique ou l'intelligence artificielle.

Ce statut détermine la nature du texte de 2017. Ce n'est pas une revue systématique de la littérature : le NHMRC l'avait faite deux ans plus tôt et l'EASAC s'y réfère. C'est une prise de position institutionnelle assortie de recommandations de politique publique.

Les constats

Le texte s'articule autour de trois affirmations.

Sur l'efficacité. Les allégations d'efficacité des produits homéopathiques ne sont pas étayées par des preuves solides et reproductibles. Le document renvoie aux revues systématiques disponibles et n'en propose pas de nouvelle.

Sur le mécanisme. Il n'existe aucun mécanisme physico-chimique connu qui rendrait compte d'une action des hautes dilutions. Le texte rappelle qu'au-delà d'un certain rang, aucune molécule de la substance initiale ne subsiste, et que l'hypothèse d'une propriété conférée au solvant par la dynamisation n'est pas soutenue par des données reproductibles.

Sur le risque. Le danger principal n'est pas la toxicité : une dilution sans matière n'est pas toxique, mais la substitution : le recours à l'homéopathie à la place d'un traitement dont l'efficacité est établie, et le retard diagnostique qui peut en découler. Le texte mentionne expressément les situations les plus sensibles, dont la prophylaxie des maladies infectieuses.

Les recommandations

C'est la partie la plus originale, et celle qui a eu le plus d'effets pratiques. L'EASAC demande aux institutions européennes et aux États membres :

  • que les allégations de bénéfice ne soient autorisées que si elles sont étayées par des preuves d'efficacité et de sécurité comparables à celles exigées pour les autres médicaments ;
  • que la publicité et la promotion soient soumises aux mêmes normes de véracité que celles applicables aux autres produits de santé ;
  • que les systèmes publics de santé ne financent pas des produits ou des pratiques dont l'efficacité n'est pas démontrée, sauf à établir cette démonstration ;
  • que l'étiquetage indique clairement la composition et le niveau de dilution, dans des termes compréhensibles par l'acheteur.

Cette dernière recommandation vise directement le paradoxe réglementaire européen : un produit enregistré sans avoir à démontrer d'efficacité, mais vendu dans le rayon des médicaments, dans un conditionnement identique à celui des médicaments dont l'efficacité a été démontrée.

La portée réelle

Une déclaration de l'EASAC n'a aucune force contraignante : elle relève de l'avis scientifique adressé au décideur. Son influence a néanmoins été notable. Plusieurs pays européens ont, dans les années qui ont suivi, restreint le remboursement ou la reconnaissance des pratiques homéopathiques : la France l'a fait à partir de l'avis rendu par la HAS en 2019.

Il faut aussi relever ce que le texte ne dit pas. Il ne demande pas l'interdiction des produits, ni la sanction des praticiens. Il demande la cohérence : qu'un produit vendu comme médicament soit soumis aux règles des médicaments, et que le financement public suive la preuve. C'est un argument de politique publique, distinct de la question scientifique proprement dite.

Questions fréquentes

Combien d'académies ont signé la déclaration ?

Le texte est publié au nom de l'EASAC, qui réunit les académies nationales des sciences des États membres de l'Union européenne ainsi que celles de Norvège et de Suisse. Il engage le conseil, non chaque académie individuellement par une signature séparée.

L'EASAC demande-t-elle l'interdiction de l'homéopathie ?

Non. Elle demande que les allégations soient étayées, que la publicité soit encadrée, que l'étiquetage soit clair et que le financement public soit réservé aux traitements dont l'efficacité est démontrée.

La déclaration a-t-elle été contestée ?

Les organisations professionnelles homéopathiques européennes ont publié des réponses critiques. L'EASAC n'a pas modifié sa position ; les évaluations institutionnelles ultérieures sont allées dans le même sens.

Sources

  • EASAC, Homeopathic products and practices: assessing the evidence and ensuring consistency in regulating medical claims in the EU, septembre 2017, easac.eu.
  • National Health and Medical Research Council, Statement on Homeopathy, mars 2015, nhmrc.gov.au.
  • Directive 2001/83/CE, titre III chapitre 2.

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