La mémoire de l'eau : l'affaire Benveniste (1988)
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En mars 2015, l'agence australienne de recherche médicale publie la revue la plus systématique jamais conduite sur l'homéopathie : 1 800 études examinées, 225 essais retenus, une phrase de conclusion. Voici sa méthode, son résultat, et la controverse qui l'a suivie.
Le National Health and Medical Research Council est l'agence publique australienne chargée de financer la recherche médicale et d'établir des recommandations de santé. C'est l'équivalent fonctionnel, pour l'Australie, de ce que sont en France l'Inserm pour la recherche et la HAS pour l'évaluation. Ce n'est pas un groupe militant, et son travail suit une procédure administrative documentée.
Le travail ne consiste pas à conduire de nouveaux essais, mais à faire l'inventaire complet de ce qui a été publié. La démarche comporte plusieurs étapes.
La conclusion tient en une phrase, reprise depuis dans tous les débats : il n'existe aucune affection pour laquelle des preuves fiables établissent que l'homéopathie est efficace.
Le détail de l'analyse est plus instructif que la formule. Les études examinées se répartissent en trois catégories. Certaines ne montrent aucune différence avec le placebo. D'autres rapportent une différence, mais portent sur des effectifs trop faibles ou présentent des failles méthodologiques telles que le résultat ne peut être considéré comme fiable. D'autres enfin sont de qualité insuffisante pour être interprétées. Aucune affection ne réunit des essais à la fois de bonne qualité, de taille suffisante et concordants.
Il faut noter la formulation exacte, qui est prudente et pas absolue : elle ne dit pas qu'il est prouvé que l'homéopathie ne fonctionne pas, mais qu'il n'est pas établi qu'elle fonctionne. C'est la formulation qui convient à un état des connaissances.
Après la publication, des organisations homéopathiques ont soutenu qu'un premier rapport, rédigé en 2012 et non publié, aurait été plus favorable, et que l'agence l'aurait écarté. Le NHMRC a rendu public ce document préliminaire et a expliqué qu'il avait été jugé méthodologiquement insuffisant et repris selon un protocole plus rigoureux. Une plainte auprès du médiateur du Commonwealth a conduit à un examen du processus, à l'issue duquel l'agence a maintenu ses conclusions.
Cet épisode mérite d'être rapporté honnêtement, y compris dans ses aspects défavorables au rapport : il porte sur la conduite d'une évaluation publique, ce qui est une question légitime. Il ne modifie pas le fond, puisque les conclusions ont été confirmées et que deux autres évaluations indépendantes (l'EASAC en 2017, la HAS en 2019) sont parvenues au même résultat en travaillant sur le même corpus.
Trois raisons. Il est exhaustif, là où les méta-analyses antérieures sélectionnaient. Il raisonne affection par affection, ce qui interdit de lui opposer l'argument classique du mélange de pathologies hétérogènes. Et il a sollicité les partisans de l'homéopathie eux-mêmes pour la fourniture des preuves : de sorte qu'on ne peut pas soutenir que les meilleures études auraient été ignorées.
C'est cette combinaison qui explique qu'il soit devenu, depuis dix ans, la pièce centrale du dossier.
Non. Il est toujours publié sur le site de l'agence, avec ses annexes techniques et les documents relatifs à l'examen du processus.
Le rapport souligne un risque indirect : le recours à l'homéopathie en substitution d'un traitement efficace, ou le retard de prise en charge qui peut en résulter. Il ne porte pas d'accusation sur la toxicité des préparations elles-mêmes, qui, aux dilutions usuelles, ne contiennent pas de matière.
Oui. Le Royaume-Uni avait mené une évaluation parlementaire en 2010, l'EASAC a publié une déclaration européenne en 2017, et la HAS a examiné le dossier français en 2019. Les conclusions convergent.
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