Le rapport australien du NHMRC (2015) : méthode et conclusions
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En juin 1988, la revue Nature publie un article affirmant qu'une solution diluée au point de ne plus contenir de molécules conserve une activité biologique. Un mois plus tard, une équipe d'enquête envoyée dans le laboratoire conclut à un artefact. Récit d'une affaire qui n'a jamais cessé d'être invoquée.
Jacques Benveniste dirige à la fin des années 1980 une unité de recherche de l'Inserm et jouit d'une réputation scientifique solide, notamment pour ses travaux sur le facteur d'activation plaquettaire. Ce n'est pas un marginal : c'est ce qui donnera à l'affaire son retentissement.
Son équipe rapporte un résultat inattendu. Un anticorps anti-IgE, dilué au-delà du seuil au-delà duquel il ne peut plus rester de molécules : le seuil d'Avogadro, continuerait de provoquer la dégranulation de basophiles humains, et l'activité réapparaîtrait de façon périodique en fonction du rang de dilution.
L'article est soumis à Nature, qui l'expertise longuement. Son rédacteur en chef, John Maddox, prend une décision sans précédent : publier, le 30 juin 1988, en faisant précéder l'article d'une note éditoriale indiquant que les résultats sont sans base physique connue et qu'un examen des expériences est en cours.
Cette décision a été très discutée. Elle procédait d'un raisonnement défendable : refuser l'article aurait alimenté l'accusation de censure, alors que le publier avec réserve permettait de soumettre le résultat à l'examen public. Elle a aussi eu un effet que Maddox n'avait pas prévu : la publication dans Nature a été présentée un peu partout comme une validation, ce qu'elle n'était pas.
En juillet 1988, une équipe se rend dans le laboratoire de Clamart : John Maddox lui-même, Walter Stewart, spécialiste américain des fraudes scientifiques, et James Randi, prestidigitateur connu pour son expertise des dispositifs de tromperie. La composition de cette délégation a été vivement critiquée, et elle mérite de l'être : envoyer un magicien enquêter dans un laboratoire de l'Inserm relevait autant de la mise en scène que de la méthode.
Le déroulement, en revanche, est décisif. Les premières séries, conduites comme à l'habitude, reproduisent le résultat. Le protocole est alors modifié : les étiquettes des échantillons sont masquées, les codes scellés et conservés hors de portée des expérimentateurs, l'attribution des tubes rendue inconnue de la personne qui compte les cellules. Dans ces conditions, l'effet disparaît.
Nature publie le 28 juillet 1988 un compte rendu intitulé « “High-dilution” experiments a delusion ». La conclusion est que le phénomène rapporté résulte d'un défaut d'aveugle dans la lecture des lames et d'une sélection non contrôlée des données, sans mise en cause de la bonne foi de l'équipe.
Benveniste conteste la conduite de l'enquête et poursuit ses travaux hors du cadre de son unité, développant l'hypothèse d'une transmission de l'information moléculaire par signal électromagnétique, puis par transmission numérique. Il perd ses financements publics. Il meurt en 2004.
Des tentatives de réplication ont été menées, dont une étude multicentrique européenne au début des années 2000 et un essai conduit en 2004 dans le cadre d'un programme de télévision britannique, sous protocole aveugle contrôlé. Aucune n'a mis en évidence le phénomène de façon reproductible.
Elle est devenue un cas d'école, pour trois raisons qui dépassent largement l'homéopathie.
L'aveugle n'est pas une formalité. Le résultat existait tant que l'expérimentateur savait quel tube il lisait, et disparaissait quand il ne le savait plus. Compter des cellules dégranulées comporte une part d'appréciation ; c'est exactement là que l'attente s'insinue, sans qu'aucune malhonnêteté soit nécessaire.
La compétence ne protège pas. Benveniste était un chercheur reconnu, son équipe qualifiée. Les protocoles de contrôle n'existent pas parce que les chercheurs seraient suspects : ils existent parce qu'aucune compétence ne met à l'abri d'un biais d'observation.
Publier n'est pas valider. Un article paru dans une grande revue est une proposition soumise à la communauté, pas un fait acquis. Ce qui fait la solidité d'un résultat, c'est la réplication indépendante : et c'est précisément ce qui a manqué ici.
L'hypothèse discutée dans cette affaire, celle d'une propriété conservée par le solvant, reste le seul mécanisme jamais proposé pour rendre compte de l'action des hautes dilutions. Trente-cinq ans après, elle n'a pas de support expérimental reconnu.
Il n'a pas été formellement rétracté. Nature a publié un mois plus tard le compte rendu de l'enquête menée sur place, qui conclut à un artefact expérimental.
Le rédacteur en chef de Nature souhaitait la présence de quelqu'un capable de repérer un dispositif de tromperie ou une faille de protocole. Ce choix a été critiqué comme une mise en scène, y compris par des scientifiques défavorables aux thèses de Benveniste.
Non. Aucune réplication indépendante concluante n'a été publiée, et aucun mécanisme physique connu ne permettrait à un liquide de conserver une trace spécifique et stable d'une molécule absente.
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