L'homéopathie en France : deux siècles d'implantation
Arrivée à Paris dans les années 1830, l'homéopathie française a eu ses hôpitaux, ses sociétés savantes, ses chaires officieuses, son industrie, puis…
L'objection la plus solide opposée à l'homéopathie n'a pas été formulée dans les années 2000 : elle découle d'un nombre établi au XIXe siècle. Passé un certain rang de dilution, il ne reste plus rien : et ce « rien » est calculable au flacon près.
En 1811, le physicien italien Amedeo Avogadro énonce l'hypothèse selon laquelle des volumes égaux de gaz, à même température et même pression, contiennent le même nombre de molécules. Le nombre lui-même : la quantité d'entités contenues dans une mole, ne sera estimé qu'après lui, au fil du XIXe siècle, puis mesuré avec précision au XXe, notamment par les travaux de Jean Perrin sur le mouvement brownien. Il vaut approximativement 6,022 × 1023, et depuis la révision du Système international en 2019, cette valeur est fixée par définition.
Ce nombre est colossal, mais fini. C'est cette finitude qui fait toute l'affaire.
Une dilution centésimale hahnemannienne divise la concentration par cent à chaque échelon. À la n-ième centésimale, le facteur est 10-2n.
Aucune de ces lignes ne relève de l'interprétation. Ce sont des multiplications.
Contrairement à ce que suggère souvent la présentation du débat, cette objection n'a pas été découverte récemment. Elle circule dès le milieu du XIXe siècle, à mesure que la théorie atomique s'établit, et elle a été formulée à l'intérieur même du mouvement homéopathique. C'est d'ailleurs l'une des lignes de fracture historiques du courant : entre ceux qui limitent la pratique à des dilutions basses, où subsiste de la matière, et ceux qui emploient les hautes dilutions et assument pleinement l'absence de substance.
La réponse classique consiste à soutenir que l'activité ne tient pas à la matière subsistante mais à une propriété conférée au solvant par la dynamisation. Cette réponse est parfaitement cohérente à l'intérieur du système : elle est même la seule possible une fois le calcul admis.
Il faut cependant voir ce qu'elle coûte. Elle transforme une thèse pharmacologique, testable par les moyens ordinaires de la pharmacologie, en une thèse de physique fondamentale : il existerait dans les liquides un mode de stockage d'information spécifique, stable, transférable, résistant à la dilution et à l'imprégnation de globules de sucre. Une telle propriété, si elle existait, ne concernerait pas seulement la thérapeutique : elle modifierait la physique des liquides. Elle n'a jamais été mise en évidence de façon reproductible.
Un point de rigueur, pour finir. L'argument d'Avogadro établit qu'il n'y a plus de substance ; il n'établit pas à lui seul qu'un produit ne peut avoir aucun effet clinique. Un patient qui prend un tube et se sent mieux n'invente rien : l'effet placebo, l'évolution naturelle de la plupart des affections bénignes et les effets contextuels de la consultation produisent des améliorations réelles et mesurables.
Ce que le calcul impose, c'est qu'aucune de ces améliorations ne peut être attribuée à une action pharmacologique de la substance nommée sur l'étiquette. C'est très exactement ce que les essais cliniques contrôlés observent, et ce que rappellent les évaluations du NHMRC, de l'EASAC et de la HAS.
Le seuil usuellement retenu est 12 CH, soit 10-24, où l'espérance du nombre de molécules restantes tombe autour de l'unité. Au-delà, elle devient négligeable.
Le solvant et les récipients apportent effectivement des traces d'autres substances, en quantités supérieures à celle du principe théoriquement dilué. C'est un argument supplémentaire contre l'hypothèse d'une action spécifique, pas en sa faveur.
Non. L'objection est une conséquence de la théorie atomique, tirée après coup ; elle n'a pas été formulée par lui.
À lire ensuite
Arrivée à Paris dans les années 1830, l'homéopathie française a eu ses hôpitaux, ses sociétés savantes, ses chaires officieuses, son industrie, puis…
Médecin, chimiste, traducteur de huit langues, polémiste infatigable : Samuel Hahnemann a quitté la médecine de son temps parce qu'il la jugeait…
Dire d'un traitement qu'il « n'est qu'un placebo » laisse croire qu'il ne se passe rien. C'est faux : l'effet placebo est un phénomène mesurable,…