Choléra et typhus : les épidémies du XIXe siècle et l'argument des statistiques
« Dans les hôpitaux homéopathiques, la mortalité du choléra était deux fois moindre. » L'argument est répété depuis 1832. Il repose sur des chiffres…
Médecin, chimiste, traducteur de huit langues, polémiste infatigable : Samuel Hahnemann a quitté la médecine de son temps parce qu'il la jugeait dangereuse, avant de bâtir seul le système qui porte son nom. Portrait d'un dissident du XVIIIe siècle finissant.
Christian Friedrich Samuel Hahnemann naît à Meissen, en Saxe, en 1755, dans une famille de peintres sur porcelaine. Il étudie la médecine à Leipzig, à Vienne, et soutient sa thèse à Erlangen en 1779. Ce parcours comporte une particularité qui pèsera sur toute son œuvre : il travaille beaucoup la chimie et la pharmacie, publie sur les procédés d'analyse, met au point une épreuve de détection de l'arsenic, traduit des ouvrages de chimie.
Il vit d'ailleurs longtemps de la traduction plus que de la médecine. Il lit et traduit l'anglais, le français, l'italien, le latin, le grec, l'hébreu, l'arabe. C'est en traduisant qu'il rencontrera le texte à l'origine de sa première expérience décisive.
Vers 1782-1784, Hahnemann cesse à peu près d'exercer. Ses écrits en donnent le motif : il ne croit plus au bénéfice de ce qu'il administre. Il faut se représenter la thérapeutique de l'époque : saignées répétées jusqu'à la syncope, purgatifs drastiques, émétiques, vésicatoires, préparations mercurielles, mélanges de vingt ou trente ingrédients dont personne ne peut dire ce qui agit. Le jugement de Hahnemann sur ces pratiques est sévère ; il est aussi, rétrospectivement, largement fondé.
Ce refus le laisse sans revenu et sans statut. Il traduit, écrit sur l'hygiène, la salubrité publique, la préparation des médicaments. Il déménage sans cesse, poussé par les corporations d'apothicaires qui lui reprochent de préparer lui-même ses remèdes.
En traduisant la Matière médicale du médecin écossais William Cullen, Hahnemann conteste en note l'explication donnée de l'action de l'écorce de quinquina contre les fièvres intermittentes. Il décide d'en absorber lui-même, à doses répétées, alors qu'il est en bonne santé. Il rapporte avoir éprouvé des accès ressemblant à ceux du paludisme.
Cette observation isolée, jamais reproduite dans les mêmes termes par la suite, est le germe de tout le système : si une substance provoque chez le sain ce qu'elle guérit chez le malade, alors la ressemblance peut servir de règle de prescription. Six ans plus tard, l'essai de 1796 en tire un principe général.
Le reste de sa vie est consacré à construire et défendre ce système. En 1805, il commence les expérimentations sur l'homme sain. En 1810 paraît l'Organon, qu'il remaniera cinq fois. De 1811 à 1821, les six volumes de la Matière médicale pure. De 1828 à 1830, Les Maladies chroniques, où il expose la théorie des miasmes. Il enseigne à Leipzig à partir de 1812, où sa thèse d'habilitation sur l'hellébore des anciens lui ouvre un cours universitaire, puis exerce à Köthen sous la protection d'un duc.
Le personnage est peu accommodant. Sa correspondance et ses préfaces sont d'une violence polémique constante contre ses confrères, contre les apothicaires, et jusqu'à ses propres disciples dès qu'ils s'écartent d'un paragraphe. Cette intransigeance a une conséquence durable : elle installe l'homéopathie dans une position de doctrine close, où l'écart se règle par référence au texte plutôt que par l'expérience.
En 1835, veuf et âgé de quatre-vingts ans, il épouse Mélanie d'Hervilly, une Française de trente-cinq ans sa cadette, et s'installe avec elle à Paris. Il y exerce une clientèle nombreuse et fortunée jusqu'à sa mort en 1843. Il est inhumé au Père-Lachaise.
Ces huit années parisiennes comptent beaucoup dans l'histoire française de la discipline : elles font de Paris un foyer de diffusion et donnent à l'homéopathie française une continuité institutionnelle qu'elle conservera jusqu'au XXe siècle, sociétés savantes, revues, dispensaires, puis industrie. Cette histoire est retracée dans notre article sur l'implantation française.
Deux jugements coexistent, et ils ne sont pas contradictoires. Hahnemann a formulé, contre la médecine de son temps, des exigences justes : observer avant de traiter, n'administrer qu'une chose à la fois, éviter de nuire, tenir compte de ce que le malade éprouve. Et il a bâti, sur une observation unique et non contrôlée, un système thérapeutique dont aucune des propositions centrales n'a résisté à l'évaluation expérimentale conduite depuis.
Oui, diplômé d'Erlangen en 1779. Il a cependant interrompu presque totalement sa pratique pendant une quinzaine d'années, vivant principalement de traductions scientifiques.
Des tentatives ultérieures n'ont pas retrouvé le tableau décrit par Hahnemann. On considère aujourd'hui que la réaction rapportée pourrait relever d'une sensibilité individuelle à l'écorce, sans rapport avec les accès palustres.
Au cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Sa dépouille, d'abord inhumée au cimetière Montmartre, y a été transférée en 1898.
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