1796 : l'essai qui fait naître l'homéopathie
Un article de revue, publié en 1796 dans un journal médical allemand, pose pour la première fois la règle de la similitude comme principe général.…
« Dans les hôpitaux homéopathiques, la mortalité du choléra était deux fois moindre. » L'argument est répété depuis 1832. Il repose sur des chiffres réels, et sur une comparaison qui ne dit pas ce qu'on lui fait dire.
Les grandes épidémies de choléra qui traversent l'Europe à partir de 1831 fournissent au mouvement homéopathique naissant son argument le plus durable. Des relevés publiés à Vienne, à Londres, à Paris, à Raab, comparent les taux de mortalité observés dans des établissements homéopathiques et dans des hôpitaux ordinaires ; les écarts rapportés sont parfois considérables, du simple au double, voire davantage.
Ces documents existent, et il n'y a pas lieu de les tenir pour des faux. La question n'est pas leur authenticité : c'est ce qu'ils permettent de conclure.
Les populations ne sont pas comparables. Personne n'a réparti les malades au hasard entre les établissements. On se rendait dans un dispensaire homéopathique par choix, par relation, par proximité sociale. Les patients des deux groupes différaient par l'âge, l'état général, le moment de l'arrivée, l'appartenance sociale : autant de facteurs qui pèsent lourdement sur la survie.
Les diagnostics ne sont pas comparables. Le vibrion cholérique ne sera identifié qu'en 1854 par Filippo Pacini, puis en 1883 par Robert Koch. Au moment des relevés, « choléra » désigne un tableau clinique, non une infection documentée. Deux établissements pouvaient compter comme cholériques des malades très différents, et un service qui n'admettait que les cas les plus francs comptait mécaniquement plus de décès.
Le recueil n'est pas indépendant. Les chiffres sont produits et publiés par les praticiens eux-mêmes, en pleine controverse doctrinale, sans vérification externe ni définition commune des issues. Il n'est pas nécessaire de supposer une fraude pour que de tels relevés soient biaisés : le simple fait de compter soi-même, dans une dispute où l'on est partie, suffit.
Le comparateur était nocif. C'est le point décisif. La thérapeutique de référence du choléra en 1832, c'était la saignée sur un malade en pleine déshydratation, le calomel (un composé mercuriel), l'opium, les émétiques. On sait aujourd'hui que ces interventions aggravaient un état déjà critique.
Un établissement homéopathique administrait des dilutions sans matière, mais aussi de l'eau, du repos, des soins de propreté, une surveillance attentive. Un hôpital ordinaire saignait. Dans une affection dont la mortalité tient essentiellement à la perte hydrique, la différence entre les deux ne mesure pas l'efficacité de l'homéopathie : elle mesure la nocivité de ce qui lui était opposé.
C'est une observation historique importante, et elle est même à porter au crédit du mouvement homéopathique : en s'abstenant, il faisait moins de mal. Cela ne dit rigoureusement rien de l'activité propre des préparations.
Il a une force rhétorique évidente : il oppose des chiffres à un raisonnement, et des vies sauvées à une objection arithmétique. Il exploite aussi une intuition trompeuse mais tenace : l'idée qu'un résultat obtenu « en vraie grandeur », sur des milliers de malades, vaudrait mieux qu'un essai contrôlé sur quelques centaines.
C'est l'inverse. Le nombre ne corrige pas le biais de sélection : il le reproduit à plus grande échelle. Toute l'histoire de l'épidémiologie clinique du XXe siècle est celle de cette découverte, et c'est pour répondre à ce problème précis qu'ont été inventés la randomisation, l'aveugle et le protocole préenregistré, dont notre article sur la lecture d'un essai détaille le fonctionnement.
Ce dossier mérite d'être connu bien au-delà du débat sur l'homéopathie. Il illustre en une page pourquoi une comparaison entre deux groupes constitués par un autre mécanisme que le hasard ne permet pas d'attribuer une différence à un traitement. La même erreur se retrouve aujourd'hui dans quantité de comparaisons publiées sur les réseaux, à propos de sujets bien plus récents.
Rien ne permet de l'affirmer. Le problème n'est pas leur authenticité mais leur interprétation : ils comparent des populations non comparables, avec des diagnostics hétérogènes, face à un traitement de référence délétère.
Sur ces indications, oui. La saignée chez un malade déshydraté et les préparations mercurielles aggravaient le pronostic. C'est un fait historique documenté, indépendant du débat sur l'homéopathie.
Oui, pour des affections courantes comme la grippe. Les revues systématiques disponibles concluent à l'absence de preuve de bénéfice, faute de données de qualité suffisante.
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