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Une matière médicale homéopathique n'est ni un catalogue de médicaments ni une pharmacopée : c'est un recueil de tableaux de symptômes, souvent volumineux, hérité des expérimentations du XIXe siècle. Voici comment ces ouvrages sont faits et ce qu'ils contiennent réellement.
Ouvrir une matière médicale homéopathique surprend le lecteur habitué aux notices pharmaceutiques. Chaque substance y occupe plusieurs pages, parfois plusieurs dizaines, organisées non par indication mais par région du corps : esprit, tête, yeux, oreilles, nez, face, bouche, estomac, abdomen, urines, sommeil, fièvre, peau, modalités générales.
Sous chaque rubrique s'alignent des énoncés brefs et hétérogènes : « céphalée frontale aggravée en se penchant », « désir de sel », « pire vers 16 heures », « amélioré au grand air », « sensation d'un clou enfoncé dans la tempe ». Le style est celui du témoignage brut, souvent à la première personne dans les éditions anciennes.
Trois traits distinguent ces recueils de toute pharmacopée. Ils ne mentionnent aucune indication au sens médical du terme. Ils accordent une place centrale aux modalités, ce qui aggrave, ce qui améliore, à quelle heure, dans quelle position. Et ils placent les symptômes mentaux et généraux avant les symptômes locaux, selon une hiérarchie doctrinale explicite.
Trois sources alimentent ces ouvrages, et le lecteur ne peut pas toujours les distinguer.
Cette accumulation explique le gonflement des grands recueils : certaines souches comptent plusieurs milliers de symptômes répertoriés.
La Matière médicale pure de Hahnemann (1811-1821) ouvre la série, complétée par Les Maladies chroniques (1828-1830). Constantin Hering publie ensuite aux États-Unis les dix volumes de ses Guiding Symptoms. Timothy Field Allen fait paraître dans les années 1870 son Encyclopedia of Pure Materia Medica, la compilation la plus exhaustive du XIXe siècle. John Henry Clarke donne un Dictionary of Practical Materia Medica plus maniable, encore utilisé.
Le XXe siècle produit surtout des ouvrages de synthèse cherchant à dégager, pour chaque souche, une image d'ensemble plutôt qu'une liste. Les auteurs contemporains les plus lus en France : Vermeulen, Scholten, Sankaran, appartiennent à ce mouvement, chacun avec une méthode propre de classement et d'interprétation.
C'est le point qu'aucun exposé honnête ne peut contourner. Ces ouvrages sont des compilations de témoignages accumulés sur deux siècles, sans procédure de vérification ni de retrait. Un symptôme rapporté une seule fois en 1830 par un expérimentateur unique y figure au même titre qu'un symptôme rapporté par vingt sujets. Rien, dans la mise en page, ne distingue ces deux statuts : certains ouvrages emploient des caractères gras pour signaler les symptômes jugés les plus caractéristiques, mais ce jugement est lui-même doctrinal, non statistique.
S'y ajoute le problème examiné dans notre article sur la pathogénésie : les rares expérimentations conduites en double aveugle contre placebo ne parviennent pas à distinguer les symptômes produits par la substance de ceux produits par le placebo. Si cette étape ne discrimine pas, la matière première du recueil est du bruit.
Ces ouvrages gardent un intérêt réel comme documents. Ils constituent une archive considérable de la manière dont on décrivait les symptômes au XIXe siècle, avant la standardisation du vocabulaire clinique moderne, et un historien de la médecine y trouve une matière rare : des descriptions de l'expérience subjective recueillies avec un soin qui a peu d'équivalents à cette époque.
Ils ne se lisent pas, en revanche, comme des documents d'efficacité, et ils ne permettent aucune auto-prescription. C'est à ce titre (celui du document) que la bibliothèque de ce site conserve les textes du fonds qui les commentent.
Les recueils les plus complets en décrivent plusieurs milliers ; les ouvrages de pratique courante se limitent à quelques centaines, dont une soixantaine sont employées de façon très majoritaire.
Ils indiquent des dilutions et des modes d'emploi selon les écoles, mais ils ne comportent pas d'indications thérapeutiques au sens réglementaire. Ce site ne reproduit ni posologie ni indication.
Des ouvrages nouveaux paraissent régulièrement, mais ils procèdent surtout par réorganisation et interprétation du matériel existant. Il n'existe pas de procédure de retrait des données anciennes.
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