Homéophilo histoire et philosophie

Matière médicale

D'où viennent les souches homéopathiques

Plantes, minéraux, métaux, venins, sécrétions, produits pathologiques : le répertoire des souches homéopathiques est plus large qu'on ne l'imagine, et son mode de constitution en dit long sur l'histoire de la discipline.

3 min de lecture Découverte mis à jour le 28/08/2026

Trois études de spécimens gravées alignées : rameau botanique, amas cristallin, forme organique abstraite.

À retenir

  • Les souches sont d'origine végétale, minérale, animale, chimique ou biologique.
  • Elles sont désignées par un nom latin, souvent celui de l'espèce, indépendamment de sa dénomination botanique actuelle.
  • La pharmacopée encadre leur qualité, leur préparation et leurs contrôles : pas leur efficacité.
  • Les nosodes, préparés à partir de produits pathologiques, constituent une catégorie à part, discutée jusque dans le courant homéopathique.

Les grandes familles

Végétales. Elles constituent le contingent le plus nombreux : arnica, belladone, aconit, pulsatille, ipéca, noix vomique. La souche est le plus souvent une teinture mère obtenue par macération de la plante fraîche, entière ou d'un organe précis, dans un mélange hydro-alcoolique.

Minérales et métalliques. Soufre, phosphore, silice, sel marin, or, cuivre, arsenic. Ces substances, insolubles pour la plupart, sont d'abord broyées avec du lactose (c'est la trituration), opération répétée sur plusieurs échelons avant de pouvoir passer en solution.

Animales. Venin d'abeille, venins de serpents, encre de seiche, cantharide, araignées. Cette famille est ancienne et occupe une place importante dans les matières médicales du XIXe siècle.

Chimiques. Sels et composés définis, préparés selon les spécifications de la pharmacopée.

Biologiques. Hormones, allergènes, et surtout les nosodes, préparés à partir de produits pathologiques : sécrétions, cultures microbiennes. La stérilisation et la dilution rendent le produit final exempt de matériel biologique actif, mais l'origine de ces souches soulève des questions éthiques et symboliques qui ont été discutées à l'intérieur même du courant homéopathique.

La nomenclature

Les souches portent un nom latin, hérité de la nomenclature du XIXe siècle. Il ne coïncide pas toujours avec la dénomination botanique ou chimique actuelle : la nomenclature homéopathique a été fixée par l'usage et n'a pas suivi les révisions taxonomiques ultérieures.

Cette stabilité a un avantage documentaire, un nom renvoie sans ambiguïté au même tableau de symptômes depuis cent cinquante ans, et un inconvénient pratique : identifier avec certitude l'espèce employée dans une expérimentation ancienne demande parfois un travail d'histoire des sciences.

Comment une souche entre au répertoire

Historiquement, par expérimentation sur des sujets sains, complétée par les données de toxicologie disponibles et par l'observation clinique. Une souche « nouvelle » est donc une substance dont on a établi le tableau de symptômes selon cette procédure.

Le point important est qu'il n'existe aucune procédure de sortie. Une souche entrée dans les recueils au XIXe siècle y demeure ; les tableaux s'enrichissent d'observations successives, ils ne sont pas révisés à la baisse. C'est une différence structurelle avec la pharmacologie, où une molécule peut être retirée du marché et où une indication peut être supprimée.

Le cadre réglementaire

La pharmacopée européenne comporte des monographies encadrant les souches homéopathiques : identité et qualité du matériel de départ, solvants autorisés, procédés de dilution et de trituration, contrôles microbiologiques, conditions de conservation.

Ce cadre garantit qu'une préparation est bien ce qu'elle prétend être et qu'elle est fabriquée selon des procédés maîtrisés. Il ne dit rien de son efficacité : les médicaments homéopathiques bénéficient d'une procédure d'enregistrement simplifiée, qui les dispense de la démonstration exigée des autres médicaments. C'est la raison pour laquelle leur étiquetage ne peut porter aucune indication thérapeutique.

Une question de sécurité

Aux dilutions usuelles, une préparation homéopathique ne contient plus de matière et ne présente pas de risque toxique propre. La vigilance porte ailleurs, sur trois points : les teintures mères et les basses dilutions, qui contiennent des substances actives réelles et peuvent interagir ou être toxiques ; les préparations importées hors du cadre européen, dont la conformité n'est pas garantie ; et surtout le risque de substitution, c'est-à-dire le renoncement ou le retard à un traitement dont l'efficacité est établie.

Questions fréquentes

Combien de souches existe-t-il ?

Les recueils les plus étendus en décrivent plusieurs milliers. La pratique courante en emploie quelques centaines, et une soixantaine représentent la très grande majorité des prescriptions.

Les nosodes contiennent-ils des agents pathogènes ?

Non. Le procédé de préparation et le niveau de dilution excluent la présence de matériel biologique actif dans le produit fini. La question posée par ces souches est d'ordre éthique et symbolique, pas infectieux.

Une teinture mère est-elle sans danger ?

Non, pas nécessairement. Contrairement aux hautes dilutions, elle contient des substances actives en quantité mesurable, avec les risques d'interaction et de toxicité correspondants.

Sources

  • Pharmacopée européenne, monographies relatives aux souches et préparations homéopathiques, EDQM / Conseil de l'Europe.
  • Directive 2001/83/CE, titre III chapitre 2 (enregistrement simplifié).
  • EASAC, Homeopathic products and practices, septembre 2017 : easac.eu.

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