Le principe de similitude : ce que « similia similibus curentur » veut dire
« Que les semblables soient soignés par les semblables. » La formule tient en cinq mots latins et fonde toute la doctrine homéopathique depuis 1796.…
Avant d'être un remède, une souche homéopathique est un texte : la liste des troubles qu'elle aurait provoqués chez des sujets sains qui l'ont absorbée. Cette expérimentation porte un nom (la pathogénésie) et sa méthode n'a presque pas changé depuis 1805.
En 1790, Hahnemann traduit en allemand une matière médicale écossaise et bute sur l'explication donnée par l'auteur de l'action du quinquina contre les fièvres intermittentes. Il décide d'en absorber lui-même. Il rapporte avoir éprouvé des accès qui ressemblaient à ceux de la maladie que l'écorce était censée guérir. Cette auto-expérimentation est le geste dont procède tout le reste : elle installe l'idée que l'on peut connaître les propriétés d'une substance en l'administrant à un sujet qui n'est pas malade.
À partir de 1805, Hahnemann organise cette pratique. Il recrute des expérimentateurs : d'abord lui-même et ses proches, puis des cercles de médecins et d'étudiants, leur fait absorber des substances à doses variables, et recueille par écrit tout ce qu'ils rapportent. Le résultat est publié à partir de 1811 sous le titre de Matière médicale pure, six volumes de listes de symptômes.
Les consignes de l'Organon sont détaillées et, sur plusieurs points, remarquablement modernes pour l'époque : l'expérimentateur doit être en bonne santé, mener une vie régulière, s'abstenir de café, de vin, d'épices, tenir un journal daté et horodaté, distinguer ce qu'il éprouve habituellement de ce qui est nouveau, indiquer les circonstances qui aggravent ou soulagent chaque sensation.
Ce dernier point est capital pour comprendre la forme des matières médicales homéopathiques. Un symptôme n'y est jamais noté seul : il est noté avec sa localisation, son horaire, ses modalités, « aggravé par le mouvement », « amélioré au grand air », « pire vers 16 heures ». C'est cet appareil de modalités qui permettra, plus tard, de rapprocher un tableau d'expérimentation d'un tableau de malade.
Il faut être aussi précis sur les manques que sur les consignes, et sans anachronisme : les outils dont l'absence est ici relevée n'existaient pas encore, ou pas sous leur forme actuelle, à l'époque de Hahnemann.
Ces trois absences ne sont pas des détails de forme : elles rendent impossible de distinguer, dans les listes obtenues, ce qui vient de la substance de ce qui vient de l'observation elle-même. Notre article sur la lecture d'un essai randomisé détaille pourquoi ces trois éléments sont devenus le standard.
Depuis les années 1990, plusieurs équipes ont conduit des expérimentations en double aveugle contre placebo, soit pour valider des pathogénésies historiques, soit pour en établir de nouvelles. Le résultat général de ces travaux est le suivant : les sujets des deux groupes rapportent des symptômes en abondance, et l'on ne parvient pas à distinguer statistiquement le tableau produit par la substance de celui produit par le placebo.
Ce résultat est cohérent avec ce qu'on observe partout ailleurs en pharmacologie sous le nom d'effet nocebo : la simple participation à une expérimentation suffit à générer une abondante symptomatologie subjective.
La pathogénésie est le maillon d'où tout part. Si les listes de symptômes qui composent les matières médicales ne discriminent pas la substance du placebo, alors la correspondance établie entre ces listes et le tableau d'un malade perd son ancrage. C'est pour cette raison que l'examen de cette étape, souvent négligé au profit du débat plus spectaculaire sur les dilutions, est en réalité central.
Historiquement, des médecins, des étudiants et des proches de l'expérimentateur, en bonne santé apparente. Les protocoles contemporains recrutent des volontaires selon des critères d'inclusion explicites, avec consentement.
Les substances y sont généralement administrées à des dilutions élevées, donc sans matière. Les expérimentations historiques employaient en revanche parfois des doses pondérales de substances toxiques, avec les risques que cela suppose.
Oui. Les matières médicales de référence reposent très largement sur des expérimentations menées entre 1805 et la fin du XIXe siècle, complétées par des observations cliniques et des données de toxicologie.
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