La dynamisation : pourquoi le flacon est secoué entre deux dilutions
Entre deux dilutions, le flacon est secoué, cent coups, contre une surface élastique. Ce geste, que Hahnemann nomme dynamisation, est présenté comme…
9 CH, 30 K, 5 DH, LM : les mentions portées sur un tube n'ont rien d'ésotérique, ce sont des notations arithmétiques. Voici comment les lire, et à partir de quel rang il ne reste statistiquement plus une seule molécule de la substance de départ.
Sur une boîte de médicament classique, le chiffre indique une quantité : 500 mg de paracétamol, c'est 500 milligrammes de substance. Sur un tube homéopathique, le chiffre indique l'inverse : le nombre d'opérations de dilution successives qu'a subies la préparation. Plus il est élevé, moins il reste de matière. C'est le point de départ de toute lecture correcte d'une étiquette.
La méthode est décrite par Hahnemann lui-même. On part d'une teinture mère ou d'une trituration, on en prélève une part que l'on porte à cent parts de solvant : eau, alcool, ou lactose pour les substances insolubles. On agite vigoureusement : c'est la succussion. On obtient la 1 CH. On recommence à partir de ce nouveau flacon pour obtenir la 2 CH, et ainsi de suite.
Chaque échelon divise la concentration par cent. À la 1 CH, la substance est présente à 10-2. À la 5 CH, à 10-10. À la 9 CH, à 10-18. À la 30 CH, à 10-60.
Même principe, facteur dix au lieu de cent. Une 6 DH correspond à 10-6, soit l'équivalent d'une 3 CH. La notation décimale est plus fréquente dans les traditions allemande et anglo-saxonne ; on la rencontre aussi en France sur certaines préparations, parfois notée « D » ou « X ».
Semion Korsakov, propriétaire terrien russe et homéopathe du XIXe siècle, propose une simplification : au lieu de changer de flacon à chaque échelon, on vide le flacon, il reste, par adhérence aux parois, une fraction résiduelle estimée au centième, puis on le remplit à nouveau de solvant et on agite. Un seul récipient suffit donc pour des centaines d'échelons, ce qui rend possibles les hautes dilutions industrielles : 200 K, 1 000 K, 10 000 K.
Cette méthode a longtemps été contestée à l'intérieur même du courant homéopathique, précisément parce que le facteur de dilution n'y est pas mesuré mais estimé. Elle est aujourd'hui admise par la pharmacopée.
Introduite par Hahnemann dans les dernières années de sa vie et exposée dans la sixième édition de l'Organon, restée inédite jusqu'en 1921, cette échelle utilise un facteur de 1/50 000 par échelon, avec un mode de préparation particulier faisant intervenir des globules imprégnés. Elle reste minoritaire en pratique.
C'est le point le plus important de cet article, et il ne relève ni de l'opinion ni de la controverse : c'est un calcul.
Une mole de substance contient environ 6,022 × 1023 entités, c'est la constante d'Avogadro. Une dilution à 12 CH correspond à un facteur 10-24. Le produit des deux est de l'ordre de l'unité : à ce rang, l'espérance mathématique du nombre de molécules restantes dans un flacon tombe autour de zéro. Au-delà (15 CH, 30 CH, 200 K) la probabilité qu'une seule molécule d'origine subsiste devient infime.
Ce n'est pas une objection extérieure inventée par les détracteurs de l'homéopathie : c'est une conséquence directe de la définition des dilutions, connue et discutée à l'intérieur du courant depuis le XIXe siècle. La doctrine homéopathique y répond en soutenant que l'activité ne tient pas à la matière subsistante mais à une propriété conférée au solvant par la dynamisation. Cette réponse n'a pas de support expérimental reconnu.
Les préparations homéopathiques font l'objet de monographies dans la pharmacopée européenne, qui encadrent la qualité des souches, les solvants, les procédés de dilution et les contrôles. Il faut être précis sur la portée de ce cadre : il garantit la conformité du procédé, non l'efficacité clinique du produit. Un médicament homéopathique enregistré selon la procédure simplifiée prévue par le droit européen n'a pas eu à démontrer d'efficacité thérapeutique : c'est la raison pour laquelle son étiquetage ne peut porter aucune indication.
Dans la doctrine homéopathique, oui : la hauteur de dilution est censée correspondre à une action plus « profonde ». Du point de vue de la quantité de matière, c'est l'inverse : la 30 CH est cent milliards de milliards de fois plus diluée. Aucune donnée expérimentale ne soutient l'existence d'une relation dose-effet inversée.
À 9 CH, la dilution est de 10-18. Selon la quantité de matière de départ, quelques molécules peuvent statistiquement subsister ; à 12 CH et au-delà, l'espérance tombe à zéro. Les préparations les plus vendues en France se situent au-dessus de ce seuil.
C'est la préparation de départ, obtenue par macération de la souche (végétale le plus souvent) dans un mélange hydro-alcoolique. Elle contient de la matière en quantité mesurable, contrairement aux dilutions élevées qui en dérivent.
À lire ensuite
Entre deux dilutions, le flacon est secoué, cent coups, contre une surface élastique. Ce geste, que Hahnemann nomme dynamisation, est présenté comme…
« Que les semblables soient soignés par les semblables. » La formule tient en cinq mots latins et fonde toute la doctrine homéopathique depuis 1796.…
L'objection la plus solide opposée à l'homéopathie n'a pas été formulée dans les années 2000 : elle découle d'un nombre établi au XIXe siècle. Passé…