CH, DH, K, LM : comment lire une dilution homéopathique
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Entre deux dilutions, le flacon est secoué, cent coups, contre une surface élastique. Ce geste, que Hahnemann nomme dynamisation, est présenté comme ce qui distingue une préparation homéopathique d'une simple dilution. C'est aussi le point du système le plus difficile à soumettre à l'expérience.
Diluer une substance, n'importe quel apothicaire du XVIIIe siècle savait le faire. Ce que Hahnemann ajoute, et qui devient le cœur technique de sa méthode, c'est l'agitation entre chaque échelon : le flacon est frappé un nombre déterminé de fois contre une surface légèrement élastique, traditionnellement un livre relié de cuir. Cette opération porte le nom de succussion ; le résultat obtenu est dit dynamisé, et le chiffre inscrit sur le tube désigne indissociablement la dilution et la dynamisation.
L'histoire de cette codification est instructive. Le texte de 1796 n'en parle pas. C'est au fil des éditions de l'Organon, entre 1810 et 1842, que la succussion prend une importance croissante, jusqu'à devenir la condition sans laquelle la dilution n'est plus qu'un affaiblissement. Hahnemann précise dans les dernières éditions le nombre de coups à porter et la nature du support. La doctrine s'est donc constituée par ajustements successifs, à mesure que les dilutions employées devenaient plus hautes.
Le raisonnement homéopathique est le suivant. Passé un certain rang de dilution, il ne reste plus de substance ; il faut donc que quelque chose d'autre porte l'activité. Ce quelque chose serait une propriété transmise au solvant par l'énergie mécanique de la succussion. Hahnemann parle de forces « spirituelles » ou « dynamiques », un vocabulaire qui appartient au vitalisme de son époque et qu'il ne présente pas comme une métaphore.
Il faut mesurer ce que cette hypothèse exige. Elle suppose qu'un liquide conserve, de façon stable et spécifique, la trace d'une molécule qu'il ne contient plus ; que cette trace résiste au transfert d'un flacon à l'autre, à l'imprégnation d'un globule de saccharose et de lactose, au stockage pendant des mois ; et qu'elle reste distinguable de la trace de toutes les autres substances ayant transité par les mêmes procédés. Aucune propriété physique connue de l'eau ou de l'alcool n'a ces caractéristiques.
Plusieurs équipes ont cherché à montrer qu'une haute dilution dynamisée se distingue physiquement d'un solvant témoin, par spectroscopie, par thermoluminescence, par résonance magnétique nucléaire, ou par des essais biologiques sur cellules. La plus retentissante de ces tentatives est celle de l'équipe de Jacques Benveniste, publiée par Nature en 1988 et suivie d'une contre-enquête menée sur place à la demande de la revue, qui conclut à l'absence de phénomène reproductible. Cet épisode est raconté en détail dans notre article sur la mémoire de l'eau.
D'autres travaux ont été publiés depuis, dans des revues de rang très variable. Aucun n'a donné lieu à une réplication indépendante concluante. En 2017, les académies des sciences européennes rappellent qu'aucun mécanisme physico-chimique plausible n'a été identifié et qu'aucune donnée reproductible n'établit une différence entre une haute dilution dynamisée et son solvant.
Le principe de similitude est une règle de choix : on peut discuter de sa pertinence, il ne heurte aucune loi physique. La dilution est un fait arithmétique : elle ne prête pas à discussion. La dynamisation, elle, énonce une propriété physique du monde matériel, et cette propriété n'existe pas dans le cadre de la physique et de la chimie contemporaines.
C'est ce qui explique la place particulière qu'elle occupe dans le débat. Pour un physicien, elle n'est pas seulement non démontrée : elle est incompatible avec ce que l'on sait de la structure et de la dynamique des liquides, où les liaisons hydrogène se réorganisent à l'échelle de la picoseconde. Pour un homéopathe, elle est la clé de voûte sans laquelle tout l'édifice s'effondre. Le désaccord ne porte pas sur l'interprétation d'un résultat, mais sur l'existence même du phénomène à interpréter.
Hahnemann indique dans les dernières éditions de l'Organon un nombre de secousses par échelon. En production industrielle, la pharmacopée encadre le procédé (appareillage, durée, énergie) sans prescrire un chiffre unique valable partout.
Ce sont deux niveaux différents. La dynamisation est un geste de préparation, décrit depuis le début du XIXe siècle. La mémoire de l'eau est une hypothèse physique proposée dans les années 1980 pour expliquer ce geste. La première existe ; la seconde n'a pas été établie.
Oui, c'est la position doctrinale : la simple dilution est considérée comme un affaiblissement, la dilution dynamisée comme la préparation active. C'est précisément cette différence que les essais physiques comparant dilutions dynamisées et témoins cherchent (sans succès) à mettre en évidence.
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