Le corps vécu : une notion de philosophie, pas de médecine
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Créés à Londres dans les années 1950 par un psychanalyste hongrois, les groupes Balint proposent aux médecins de travailler ensemble sur ce qui se joue dans la relation avec leurs patients. Une pratique de formation continue, souvent citée dans la littérature homéopathique française.
Né à Budapest en 1896, médecin et psychanalyste, Michael Balint s'installe en Angleterre à la fin des années 1930. À partir des années 1950, il anime à la Tavistock Clinic de Londres, avec sa femme Enid Balint, des groupes de médecins généralistes réunis pour discuter de leurs propres consultations.
Le point de départ est une observation empirique : le médecin généraliste passe une part considérable de son temps face à des plaintes dont le traitement ne relève d'aucun protocole, et il se sent démuni précisément là où il est le plus sollicité. Balint fait l'hypothèse que ce désarroi tient à un déficit de formation, non de savoir médical, mais de compréhension de ce qui se joue dans la relation.
La formule qui a fait la fortune du livre publié en 1957, Le Médecin, son malade et la maladie, est celle-ci : le médicament le plus fréquemment prescrit en médecine générale est le médecin lui-même. Balint ajoute aussitôt ce que cette formule implique et qu'on oublie souvent de citer : nul ne connaît la posologie de ce remède, ni ses effets indésirables, ni ses contre-indications.
L'idée n'est donc pas que la bienveillance suffirait à soigner. Elle est qu'un facteur puissant est à l'œuvre, qu'il agit dans les deux sens, et qu'il n'est ni enseigné ni évalué. C'est un constat de formation, formulé avec une prudence que ses usages ultérieurs n'ont pas toujours respectée.
Le dispositif est stable depuis soixante ans. Huit à douze praticiens se réunissent régulièrement, souvent tous les quinze jours, pendant plusieurs années. L'un d'eux expose de mémoire un cas qui l'a laissé insatisfait ou mal à l'aise, sans dossier ni notes. Le groupe travaille ensuite librement, sous la conduite d'un ou deux animateurs formés à cet exercice.
L'objet du travail n'est pas le diagnostic ni la conduite à tenir. C'est ce qui s'est passé entre les deux personnes : ce que le patient a suscité chez le médecin, ce que le médecin a fait de cette réaction, comment il a répondu à une demande qui n'était peut-être pas celle qui était formulée. La règle constante est que l'on ne juge pas la prise en charge : on l'explore.
Des sociétés Balint nationales existent dans de nombreux pays, fédérées à l'échelle internationale. En France, la participation à un groupe est reconnue dans certains dispositifs de développement professionnel continu, et des groupes de type Balint sont proposés dans plusieurs facultés au cours de la formation initiale.
L'évaluation de leur efficacité reste difficile, pour des raisons de méthode : ce qui est visé, la qualité d'une relation, la tolérance à l'incertitude, la prévention de l'épuisement professionnel, se mesure mal. Les travaux disponibles suggèrent un effet favorable sur la satisfaction professionnelle des participants ; ils sont de faible puissance.
Les groupes Balint reviennent fréquemment dans les écrits des médecins homéopathes français, et plusieurs textes du fonds y font référence. La raison est aisée à comprendre : la consultation homéopathique est longue, centrée sur le récit du patient, et attentive à des éléments, le sommeil, les émotions, les circonstances, que la consultation ordinaire aborde peu. Ces praticiens ont trouvé chez Balint un vocabulaire pour décrire ce qu'ils faisaient.
Il faut relever le point sans le forcer : Balint n'a rien à voir avec l'homéopathie, et son travail sur la relation ne valide aucune thérapeutique. Ce que ce rapprochement montre, c'est que la part relationnelle du soin est un objet légitime, et qu'elle a été étudiée, précisément, dans le cadre de la médecine générale.
Historiquement des médecins généralistes ; aujourd'hui, selon les groupes, d'autres professionnels de santé engagés dans une relation de soin durable.
En France, la participation peut être valorisée dans le cadre du développement professionnel continu. Les modalités dépendent des dispositifs en vigueur.
Non. Il était médecin et psychanalyste, sans lien avec l'homéopathie. Son travail est cité par des homéopathes français pour ce qu'il dit de la relation de soin, ce qui est un usage légitime mais distinct.
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