Qu'est-ce qu'une matière médicale homéopathique ?
Une matière médicale homéopathique n'est ni un catalogue de médicaments ni une pharmacopée : c'est un recueil de tableaux de symptômes, souvent…
Une matière médicale se lit de la substance vers le symptôme. Le répertoire fait l'inverse : il part du symptôme et donne la liste des substances qui le contiennent. Celui de James Tyler Kent, publié en 1897, reste l'ouvrage de référence de cette famille.
Une matière médicale est organisée par substance : pour savoir ce que produit telle souche, on lit son chapitre. Mais le praticien travaille dans l'autre sens. Il a devant lui un patient qui décrit des symptômes, et il cherche quelle souche les contient tous. Lire trois mille pages à chaque consultation est évidemment impossible.
Le répertoire est la réponse à ce problème : c'est un index inversé. Chaque symptôme y constitue une entrée (une « rubrique »), suivie de la liste des souches dont le tableau le comporte. L'outil est donc, dans sa structure, un dispositif documentaire, très comparable à un index de bibliothèque.
James Tyler Kent (1849-1916) est un médecin américain, figure majeure de l'homéopathie de la fin du XIXe siècle et défenseur des hautes dilutions et du remède unique. Son Repertory of the Homoeopathic Materia Medica, publié en 1897, s'appuie sur les travaux répertoriaux antérieurs, notamment ceux de Georg Jahr et de Constantin Lippe, qu'il réorganise et amplifie.
L'ouvrage suit un plan anatomique et fonctionnel : Esprit, Vertige, Tête, Yeux, Oreilles, Nez, Face, Bouche, Gorge, Estomac, Abdomen, Rectum, Urines, Organes génitaux, Larynx, Respiration, Toux, Poitrine, Dos, Extrémités, Sommeil, Frissons, Fièvre, Transpiration, Peau, Généralités. Le chapitre Esprit vient en tête, ce qui traduit la hiérarchie doctrinale de Kent : les symptômes mentaux priment sur les symptômes locaux.
Dans chaque rubrique, les souches sont imprimées en trois graphies différentes (capitales, gras, romain) qui indiquent trois degrés d'importance. Ce classement traduit un jugement porté par Kent sur la constance et la netteté du symptôme dans le tableau de chaque souche.
Il faut mesurer ce que cela suppose. Ce degré n'est pas une fréquence observée ni une mesure : c'est une appréciation d'auteur, fondée sur sa lecture des pathogénésies et sur son expérience clinique. Les répertoires ultérieurs modifient ces degrés, parfois substantiellement, sans qu'aucune procédure d'arbitrage existe.
La méthode consiste à sélectionner quelques symptômes jugés caractéristiques : pas les plus spectaculaires, mais les plus singuliers, ceux qu'on ne s'attend pas à trouver dans la maladie en cause, puis à croiser les listes correspondantes pour dégager les souches présentes dans plusieurs rubriques.
L'opération se faisait à la main, sur des grilles de papier ; elle est aujourd'hui informatisée. Le résultat n'est jamais présenté comme une conclusion automatique : la doctrine veut que le praticien revienne ensuite à la matière médicale pour vérifier que l'image d'ensemble de la souche correspond à celle du patient.
Le répertoire est un objet documentaire remarquable, et il mérite d'être examiné comme tel : c'est l'un des premiers grands index inversés à usage professionnel, antérieur d'un demi-siècle aux systèmes documentaires modernes. Sa logique de recherche par intersection de critères anticipe ce que feront les bases de données.
Mais un index n'a d'autre valeur que celle de son fonds. Toute la fiabilité du répertoire repose sur celle des tableaux de symptômes qu'il indexe, et sur les jugements de degré qui les hiérarchisent. Les deux relèvent du même matériau (les pathogénésies historiques) dont les limites méthodologiques sont détaillées ailleurs sur ce site.
Il faut ajouter une propriété statistique du dispositif : en croisant un nombre suffisant de rubriques comportant chacune des dizaines de souches, on obtient presque toujours une intersection non vide. La méthode produit donc un résultat quelles que soient les données d'entrée : c'est une caractéristique qu'elle partage avec tous les systèmes de mise en correspondance à critères multiples, et qui interdit de tenir le résultat obtenu pour une confirmation de la méthode.
Non. Des répertoires antérieurs existent (Jahr, Lippe, Bœnninghausen) et de nombreux répertoires postérieurs, dont des versions informatisées qui agrègent plusieurs sources.
C'est l'entrée du répertoire : un symptôme, sa localisation et ses modalités, suivi de la liste des souches qui le comportent.
Elle est plus rapide et permet de croiser davantage de rubriques. Elle n'améliore pas la qualité des données indexées, qui restent celles des recueils historiques.
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