Qu'est-ce qu'une matière médicale homéopathique ?
Une matière médicale homéopathique n'est ni un catalogue de médicaments ni une pharmacopée : c'est un recueil de tableaux de symptômes, souvent…
Un seul remède à la fois, plusieurs remèdes en alternance, ou des mélanges tout préparés : trois manières de prescrire qui divisent le courant homéopathique depuis le XIXe siècle. La ligne de partage n'est pas technique, elle est doctrinale.
C'est la position que Hahnemann défend dans l'Organon, et il la défend sans ambiguïté : un seul médicament à la fois, à la dose la plus faible, sans le répéter tant qu'il agit. Le raisonnement est cohérent avec le reste du système. Si le remède est choisi d'après la ressemblance avec la totalité du tableau du malade, alors deux remèdes simultanés signifieraient deux tableaux différents pour un seul patient. Et si l'on administre deux substances ensemble, on ne peut plus attribuer l'effet observé à l'une ou à l'autre.
Cette exigence a une conséquence pratique lourde : elle demande une consultation longue, un interrogatoire détaillé et un travail de répertorisation. C'est la voie suivie par Kent et par l'école américaine des hautes dilutions, puis par une partie de l'homéopathie française contemporaine.
La position pluraliste admet la prescription simultanée ou alternée de plusieurs remèdes, chacun visant un niveau différent : un remède dit de fond, un remède visant l'épisode aigu, un remède dit de drainage.
C'est, en France, la pratique la plus répandue au XXe siècle, associée notamment à l'enseignement de l'école française et aux centres de formation qui ont structuré la profession. Ses partisans invoquent la pratique quotidienne et l'adaptation à des patients qui présentent plusieurs plaintes ; ses adversaires unicistes y voient un abandon de l'exigence hahnemannienne et l'impossibilité d'attribuer un résultat.
Le complexisme emploie des associations fixes de plusieurs souches, réunies dans une même préparation, souvent vendues sans prescription et associées à une catégorie de troubles.
C'est la forme la plus éloignée de la doctrine originelle : il n'y a plus de choix individualisé, plus d'interrogatoire, plus de correspondance entre un tableau et un patient, il reste un produit associé à une plainte. C'est aussi la forme la plus visible commercialement, celle qui occupe les rayons d'officine et qui a porté le développement industriel de la filière. Les unicistes lui reprochent de n'avoir plus rien d'homéopathique sinon le nom.
Ce débat interne, souvent ignoré du grand public, éclaire mieux la nature de la discipline que bien des polémiques externes.
D'abord, il montre qu'il n'existe pas une homéopathie mais un ensemble de pratiques qui ne se reconnaissent pas mutuellement, avec des écarts considérables : entre une consultation uniciste d'une heure aboutissant à une dose unique de haute dilution et l'achat d'un tube de complexe en libre-service, la parenté est essentiellement nominale.
Ensuite, il rend visible une tension permanente entre une doctrine exigeante et les conditions économiques de son exercice. Le complexisme est né de la standardisation industrielle ; l'unicisme suppose un temps médical que peu de systèmes de santé rémunèrent.
Enfin, il pose un problème méthodologique redoutable pour l'évaluation. Les partisans de l'unicisme objectent fréquemment que les essais cliniques testent des produits standardisés, alors que la doctrine exige un remède individualisé. L'objection est recevable, et elle a été prise au sérieux : des essais ont été conduits sur le traitement individualisé, où le praticien choisit librement le remède, et c'est le mode d'administration (vérum ou placebo) qui est tiré au sort. Les revues systématiques portant sur ces essais concluent au mieux à un effet de faible taille, assorti de réserves majeures sur la qualité des données. L'argument de la non-testabilité ne tient donc pas.
La division recoupe pour partie celle qui oppose les partisans des hautes dilutions et ceux des dilutions basses, où subsiste de la matière. Elle recoupe aussi, historiquement, des clivages nationaux : l'école américaine autour de Kent est uniciste et haute-dilutionniste ; la tradition allemande accorde plus de place aux basses dilutions et aux associations.
Historiquement le pluralisme chez les médecins prescripteurs, et le complexisme dans la vente en officine sans ordonnance, qui représente une part importante du marché.
C'est la position la plus conforme aux textes de Hahnemann. « Vraie » relève ici de la fidélité doctrinale, pas d'une supériorité démontrée : aucune des trois écoles ne dispose de preuves d'efficacité établies.
Oui. Des essais randomisés ont été conduits selon ce protocole. Les revues systématiques qui les agrègent concluent à un effet au mieux de faible taille, avec un risque de biais élevé.
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